Les démonstratifs « ceux-ci » et « ceci » ne désignent pas la même chose, et pourtant la confusion revient régulièrement dans les copies, les courriels professionnels et même les documents administratifs. « Ceux-ci » est un pronom pluriel, « ceci » est un pronom neutre singulier : deux catégories grammaticales distinctes que les manuels scolaires présentent parfois dans le même chapitre sans assez les séparer.
Pourquoi « ceux-ci » et « ceci » se confondent à l’écrit
La proximité phonétique entre les deux formes explique une partie du problème. À l’oral rapide, « ceux-ci » peut se réduire à deux syllabes proches de « ceci ». Le cerveau enregistre un son voisin et, au moment d’écrire, hésite.
L’autre source de confusion tient à l’enseignement lui-même. Les pronoms démonstratifs sont souvent regroupés dans un même tableau : celui, celle, ceux, celles, ceci, cela, ça. Ce regroupement pédagogique crée l’impression d’une famille homogène, alors que « ceci » et « ceux-ci » appartiennent à deux logiques grammaticales différentes.
« Ceux-ci » remplace un nom masculin pluriel déjà mentionné. « Ceci » remplace une idée, une proposition, un fait global. L’un pointe des objets ou des personnes identifiables, l’autre pointe un contenu abstrait.

Pronom démonstratif pluriel ou pronom neutre : la distinction qui clarifie tout
Le test le plus fiable tient en une question : est-ce que le mot remplacé a un genre et un nombre identifiables ?
- Si la réponse est oui et que le nom est masculin pluriel, c’est « ceux-ci » (ou « ceux-là » selon le contexte). Exemple : « Parmi les dossiers, ceux-ci sont prioritaires. »
- Si la réponse est oui mais que le nom est féminin pluriel, c’est « celles-ci ». Exemple : « Ces candidatures ? Celles-ci ont retenu notre attention. »
- Si le pronom remplace une idée entière, une phrase, un fait sans genre ni nombre précis, c’est « ceci ». Exemple : « Ceci mérite une discussion. »
Le pronom « ceci » est dit neutre parce qu’il ne renvoie à aucun nom genré. Il fonctionne comme un conteneur pour une idée. « Ceux-ci » est genré (masculin) et nombré (pluriel) : il s’accorde avec le nom qu’il reprend.
Un piège courant dans les phrases longues
Dans une phrase complexe, le référent du pronom peut se trouver loin du démonstratif. Plus la distance augmente, plus le risque de confusion grandit. Prenons un exemple : « Les résultats des élèves de troisième et les avis des enseignants convergent. Ceci confirme la tendance. » Ici, « ceci » reprend l’ensemble du constat, pas « les résultats » ni « les avis » séparément.
Si l’intention était de reprendre « les résultats » seuls, il faudrait écrire « ceux-ci confirment la tendance ». Le verbe au pluriel signale d’ailleurs immédiatement la différence.
Le recul de « ceci » dans le français courant
Plusieurs ressources pédagogiques récentes signalent que « ceci » est de moins en moins utilisé dans le français spontané. À l’oral, « ça » l’a largement remplacé dans le registre familier, et « cela » dans le registre neutre. « Ceci » est désormais perçu comme soutenu, voire artificiel en conversation.
Des recommandations publiées en août 2026 sur un site spécialisé en orthographe proposent une répartition claire : préférer « ça » à l’oral pour la fluidité, réserver « ceci » et « cela » à l’écrit soigné. Cette distinction de registre n’est presque jamais enseignée en classe, où « ceci » et « cela » sont présentés comme interchangeables.
La fausse symétrie ceci/cela et la question de la distance
Les manuels scolaires établissent souvent une règle : « ceci » désigne ce qui est proche ou ce qui va suivre, « cela » désigne ce qui est éloigné ou ce qui précède. Cette distinction existe dans la norme grammaticale, mais l’usage réel la respecte de moins en moins.
Une analyse linguistique récente note que « ce/cet/cette/ces » n’expriment pas de distance en eux-mêmes, et que l’ajout de « -ci » ou « -là » intervient surtout en cas de risque de confusion ou pour insister. Le Robert liste d’ailleurs « ici » comme synonyme de « là » dans certains contextes, ce qui reflète le flou réel de la distinction proximité/éloignement dans la langue parlée.
Autrement dit, la règle scolaire n’est pas fausse, mais elle décrit un état de la langue qui ne correspond plus à la pratique majoritaire des locuteurs francophones.

Méthode rapide pour choisir entre « ceux-ci » et « ceci »
Plutôt qu’un tableau de plus, voici un protocole en trois étapes qui fonctionne dans toutes les situations d’écriture.
- Identifiez d’abord ce que le pronom remplace. Si c’est un nom précis au pluriel, orientez-vous vers « ceux-ci » ou « celles-ci » selon le genre.
- Si le pronom remplace une idée, une situation, un énoncé entier, utilisez « ceci » (ou « cela » si vous renvoyez à ce qui précède).
- Vérifiez l’accord du verbe qui suit : « ceux-ci » commande un verbe au pluriel, « ceci » commande un verbe au singulier. Cette vérification mécanique attrape la majorité des erreurs.
Ce réflexe d’accord verbal est le filet de sécurité le plus simple. Une phrase comme « ceci sont prioritaires » sonne faux immédiatement, ce qui force à reconsidérer le choix du pronom.
Ce que les grammaires scolaires pourraient faire autrement
Le regroupement de tous les démonstratifs dans un seul chapitre crée une surcharge cognitive. Séparer les formes genrées (celui, celle, ceux, celles) des formes neutres (ceci, cela, ça, ce) permettrait de réduire les confusions dès le départ.
Le problème n’est pas que la règle soit compliquée. La règle est simple, mais sa présentation mélange deux mécanismes distincts. Un pronom qui remplace un nom pluriel et un pronom qui remplace une idée n’obéissent pas à la même logique. Les traiter ensemble, c’est comparer un outil de précision et un outil de synthèse sans expliquer qu’ils ne servent pas au même travail.
La prochaine fois que l’hésitation entre « ceux-ci » et « ceci » se présente, la question à poser reste toujours la même : est-ce que je parle de personnes ou d’objets identifiables au pluriel, ou est-ce que je parle d’une idée ? La réponse tranche le choix à chaque fois.

